2. Résister

~ Salomé Saqué ~

« L’extrême droite est aux portes du pouvoir. Dans les urnes comme dans les esprits, ses thèmes, son narratif et son vocabulaire s’imposent. Il est encore temps d’inverser cette tendance, à condition de comprendre les rouages de cette progression et de réagir rapidement. »

Salomé Saqué est une journaliste française engagée dans les causes de l’urgence climatique, de la jeunesse ou encore contre les inégalités hommes-femmes. Lorsque l’on fait quelques recherches à son sujet, on remarque rapidement un impressionnant curriculum, teinté d’une forte vision de justice sociale.
Bien connue aujourd’hui dans les sphères de la jeunesse militantes, Salomé Saqué est l’auteure et la voix de nombreuses chroniques à la télé, à la radio et sur d’autres supports. On peut par exemple mentionner le média indépendant en ligne Blast, ou le magazine Socialter – dont les lignes éditoriales s’axent autour du besoin d’informer pour aider / donner envie de résister et d’agir en faveur de l’environnement, de la démocratie et de la justice.
De mon point de vue propre, Salomé Saqué fait partie aujourd’hui des visages qui composent les mouvements de luttes de la gauche et des personnalités publiques dont le travail est devenu indispensable.

Son livre « Résister », sorti en 2024, en est la preuve. Il est sa seconde publication après le livre « Sois jeune et tais-toi : réponse à ceux qui critiquent la jeunesse » publié en 2023.
Je rédige la fiche de lecture de « Résister » un peu moins d’un an après l’avoir lu pour la première fois, mais surtout je découvre qu’elle vient de sortir une nouvelle édition quelque peu revue et enrichie en 2026… La première édition étant particulièrement intéressante et instructive, je me suis évidemment munie de la seconde.

Que ce soit sa sortie en 2024 ou en 2026, cet essai intervient à un instant où les scènes politique nationale et internationale se « droitisent » fortement. Je ne vous apprends rien en disant ceci : les différentes élections dans le monde entier ces dernières années, les répressions, le silence autour de certains sujets sont bien la preuve de cette réalité. Tous les choix politiques, économiques et sociaux semblent aujourd’hui nous mener vers un avenir peu enviable.

Le livre se compose de 3 parties – qui répondent dans l’ordre aux questions suivantes – « qui est l’extrême droite ? » , « comment tente t-elle de gagner ? » et « comment résister ? ».
Pour ce faire, Salomé Saqué, avant tout journaliste, signe un texte marqué par les techniques qui caractérisent normalement sa profession. On s’en tient donc toujours aux faits pour appuyer les explications.

L’introduction du livre, nous met de suite dans le bain – la première phrase « Une balle dans la nuque » est, nous explique-t-on, employée pour décrire ce qu’il est préconisé de faire subir à des journalistes, avocats et syndicalistes identifiés comme « personne à abattre » – sur un réseau web d’extrême droite. Cette introduction est cruciale, car elle nous met de suite dans le bain en nous rappelant une réalité importante, et régulièrement mentionnée dans les deux livres, la violence excessive de ces mouvements politiques qui ne semble pas avoir de limite, tant, dans la façon dont ils perçoivent certains corps et ennemies idéologiques, que dans la façon dont ils souhaitent les faire taire.

Qui est l’extrême droite ? – De son visage politique, aux collectifs d’ultradroite présents dans une ombre de plus en plus bruyante – l’idéologie et les gestes se complètent.
Dans la première partie nommée « Le danger qui vient », Salomé Saqué nous expose directement une définition de ce qu’est l’extrême droite, son socle idéologique, ses manières, ses mécanismes. Si rien n’est à jeter dans ce livre, cette section est primordiale, car elle nous invite à considérer une des techniques les plus connue des extrêmes droites pour gagner des votes et prendre de la place, c’est de se cacher derrière le flou. Ne pas se révéler intégralement jusqu’à la dernière minute, ne montrer toute sa laideur que parce qu’on a mal calculé son coup.

Alors je vais prendre le temps de vous livrer le principal de ce qui y est mentionné, en tout cas ce que j’en ai compris :

Dans l’idée, ces groupes vont chercher à faire communauté principalement par le rejet des autres. Pour ce faire ils essentialisent  à fond la façon dont ils se définissent et la façon dont ils définissent « les autres », afin de créer des ruptures nettes qui continueront à alimenter leur peur de l’autre et leur vision fantasmé d’eux-mêmes. La création de ses identités passe par un aléatoire d’idées qui se basent sur l’ethnie, la culture, le culte et la nationalité. Bien entendu l’idéologie raciste dans ces schémas est une source importante, permettant d’appuyer l’idée de différence avec les autres et de primauté de leur communauté.

Ils cultivent ainsi l’idée d’une « société fermée », en refusant et repoussant le système politique actuel, ses institutions et ses valeurs.
Refus d’admettre le respect des individus sans distinction, refus des réalités sur l’urgence climatique ou encore méfiance envers des « élites » perçues comme le problème. Leurs visions n’ont pas pour objectif d’être rationnelles, mais seulement d’être simples et tranchantes afin de fédérer face à ceux qu’ils désignent comme ennemis, quitte à utiliser quelque peu le complotisme.

Pour contrer les imaginaires de peur vendus par l’extrême droite elle-même, les personnalités politiques de ce bord, se présentent comme l’élite de rechange, celle qui pourra sauver « la nation en décadence ». Ils utilisent pour ça tout un imaginaire historique en se basant sur des personnalités dont ils glorifient les vies et les actions.
On peut nommer par exemple tous les discours autour du maréchal Pétain – le président collabo de la Seconde Guerre mondiale – ou de la vie de Napoléon Bonaparte – le militaire nationaliste. Ces histoires mentionnent toutes des imaginaires autour de la guerre, de la mort, de la puissance de la nation et de la puissance virile.

Ce sont des mouvements et des idéologies autoritaires qui n’admettent pas les réalités du monde et les libertés de chacun•e.

Dans le reste de cette première partie – on nous expose les liens de l’extrême droite en France avec le régime nazi. Des liens qui sont présent jusque dans l’origine même du parti politique très connu – le rassemblement national. On nous parle du risque pour les minorités, les communautés LGBTQIA+, les femmes et la liberté de la presse dès lors que ces partis commencent à avoir un poids dans le débat public. Menaces de mort, de viol, empêchement d’accéder à certains lieux et à certains rassemblements, tentatives d’intimidations, etc. Sur les réseaux sociaux ou dans la vraie vie, les groupes liés à l’extrême droite ont dans leur ADN la violence, si ce n’est l’ultra violence, car oui, l’idéologie d’extrême droite tue. Que les actes soient perpétrés par une personne isolée ou un groupe organisé – les récits et la narration de ce bord politique peuvent pousser à ces gestes, en témoigne les « vingt attentats d’extrême droite qui ont été déjoué par les autorités dans l’Hexagone », depuis 2017.

Dans la seconde partie des deux livres – « La bataille culturelle » – Salomé Saqué définie clairement – comment l’extrême droite tente de gagner l’opinion publique ?

Les médias, tout d’abord, se sont fait envahir par l’opinion d’extrême droite. Des personnalités très riches – parfois conservatrices, parfois opportunistes ou pour d’autres proximités idéologiques – se sont attelées aux rachats de chaînes, de journaux et de magazine afin de choisir les sujets à traiter dans les médias et la façon dont ils doivent être traités.
On y parle aussi des liens qu’entretiennent les différentes personnalités de ce bord politique à travers différents pays.
Ces élites investissent leur argent dans la formation de futurs militants d’extrême droite, dans les campagnes des parties politique eux-mêmes ou dans des colloques permettant aux personnalités politiques de ce bord de se retrouver, parfois dans l’idée de s’accorder sur un agenda commun.

Viens ensuite, un point sur la sémantique, c’est-à-dire les mots, le vocabulaire que l’extrême droite emploi afin de normaliser ses discours et d’imposer toujours ses sujets. « Ensauvagement », « grand remplacement », « immigrationisme », etc. Ces mots font désormais partie du langage courant de la presse, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années en arrière.

À l’air du numérique, l’image véhiculée sur les réseaux sociaux est une bataille primordiale pour activer les passions de la jeunesse. Un « Life-style réactionnaire » qui se cache derrière un contenu présenté comme apolitique. On emploie des images néoconservatrices – des hommes aux discours virilistes, qui glorifient les armes et des femmes aux tendances tradwives et anti-féministes.
Les personnalités politiques se montrent sous une image presque charmante – en train de faire du sport ou de s’occuper de leurs animaux de compagnie.
On emploie aussi énormément l’IA, qui permet de créer des contenus à fort engagement, c’est-à-dire qui font réagir et poussent les algorithmes à enfermer rapidement les utilisateurs dans une bulle de contenu pro extrême droite. Ces techniques sont particulièrement efficaces aujourd’hui. Depuis le retour de Trump pendant et après sa dernière campagne présidentielle ou encore le rachat de Twitter par Elon Musk les plateformes sont devenues des outils optimisés pour le déploiement de leurs idées…

Dans la nouvelle édition, une dernière sous-partie a été rajoutée – « Quand les digues cèdent ».
Ici, Salomé Saqué mentionne le travail de dédiabolisation de l’extrême droite via les médias, la sémantique et sur Internet, comme dit précédemment. Mais aussi grâce à d’autres partis politiques, semblant pourtant éloigné de leurs idéologies.
Ainsi on peut mentionner le parti d’Emmanuel Macron, qui avait pourtant parlé de « faire barrage à l’extrême droite » lors de ses deux campagnes présidentielles, mais qui utilise désormais, ça et là certains mots et certaines rhétoriques de l’extrême droite. Normalisant ainsi l’existence même de ces partis au sein d’une république démocratique via leurs discours.
On nous parle aussi du patronat, donc des très grands patrons, qui voient aujourd’hui l’extrême droite comme « responsable et compatible avec les intérêts économiques. »

Voici la dernière partie du livre « RÉSISTER, AUJOURD’HUI » – selon moi la partie la plus importante, enfin celle qu’il me tardait le plus de lire. Toutes les informations précédentes dans le livre sont assez perturbantes. C’est un condensé de la réalité qui est à l’œuvre, un poids qui nous rappelle qui sont les membres de nos familles et parfois certain•e•s de nos ami•e•s qui peuvent adhérer à quelques discours édulcorés sans savoir, sans comprendre, sans conscientiser tout ce qui se cache derrière. Cette dernière partie nous aide et nous pousse à la résistance pour nous-mêmes, mais surtout pour eux. Je voudrais presque vous livrer l’entièreté du texte sans y couper, sans le faire passer à travers mes yeux pour pouvoir vous le retranscrire directement tant, il est important dans la façon même dont il est écrit.

Salomé Saqué commence par nous parler de l’indifférence. Une chose qui ne nous empêche pas de voir, mais bien de ressentir. En contradiction avec celle-ci : l’indignation – c’est notre capacité à accepter les sentiments lorsque quelque chose se heurte à notre conscience, notre vision du juste et du moral. S’indigner n’est pas malpoli, s’indigner, c’est questionner et c’est souvent se pousser à agir. S’indigner sans gêne, c’est permettre aux autres de s’indigner aussi. C’est déclencher ce qui peut créer une vague pour porter des valeurs qu’il nous arrive de cacher en nous. C’est allé à l’encontre de la neutralité.

La seconde sous-partie parle justement de cette fameuse neutralité. Pour ce faire, l’auteure commence par mentionner ce que signifie neutralité dans son métier. Dans les médias, pas de surprises, la neutralité n’existe pas, car chercher à ne pas prendre position est une position en soit – ne pas vouloir présenter les choses sous un angle, c’est automatiquement devoir les présenter sous un autre. Évoquer ce fait important, c’est aussi pour elle le moyen de nous rappeler l’importance de la « pratique journalistique » dans une démocratie. N’étant pas de simple relayeurs de faits, les médias véhiculent des valeurs plus ou moins directement, via leurs choix éditoriaux et éclairent l’opinion publique sur les actions menait par les institutions démocratiques.
Si « (elle) dénonce l’illusion de neutralité, (elle croit) en revanche à l’éthique et à la déontologie journalistiques inscrites dans la charte de Munich. »
Car Salomé Saqué nous rappelle aussi que la neutralité permet à ceux qui ne sont pas neutres de véhiculer tranquillement leurs idées sans résistances. Ainsi, elle enjoint le monde journalistique à rester ferme face à l’extrême droite et à ces représentants.

La partie suivante « le savoir est un pouvoir » donne plusieurs informations sur la façon dont on peut évaluer si une source d’information est fiable – le but étant de nous aider pour nous y retrouver dans le flot de pages, de blogs ou de chaînes présent aujourd’hui sur plusieurs canaux.

Salomé Saqué nous donne aussi plusieurs pistes pour pouvoir échanger avec ses proches autour de sujets qui peuvent être clivants. Cet exercice peut être délicat et demande à ce que les personnes soient prêtes à écouter et à parler. Le tout n’est pas de pointer la personne du doigt au risque de fermer la conversation. De façon générale, le mépris n’a que très peu d’utilité. Il est important de comprendre que les personnes à qui on a à faire grandissent parfois avec des croyances qu’ils n’ont pas eu besoin de remettre en question, donc forcer l’échange ou l’idée peut laisser penser à l’autre que c’est lui qu’on remet en question et non sa croyance. Pour semer ainsi une idée dans la tête des gens, le mieux reste encore la bienveillance, la patience et surtout l’écoute – démêler un nœud, demande d’abord de trouver sur quel fil il faut tirer.

Pour finir ce point, l’auteure nous parle bien sûr de soutenir la diversité des médias afin d’avoir toujours accès à de l’information de qualité.

Dans les dernières pages, on nous enjoint à « retrouver l’unité, (à) créer du lien ». L’extrême droite se nourrit des sentiments d’exclusions, de la division, du mépris de classe. Faire corps avec les autres par l’engagement associatif, les échanges avec les voisins ou les syndicats, c’est un engagement fort. C’est la possibilité de créer une bulle de résistance qui permet à chacun•e de s’y retrouver et qui pousse souvent à la réalisation d’actions concrètes dans l’éducation, l’entraide sociale, le sport, la culture et de façon générale l’amélioration de nos lieux de vies. Il est important de rappeler que ces actions visent parfois à palier « aux insuffisances de l’État », insuffisances sur lesquelles l’extrême droite s’appuie. Donc retrouver l’unité, c’est couper l’herbe sous le pied de leur idéologie.

Au-delà de toutes les possibilités déjà mentionnées pour s’engager dans cette résistance sociale, environnementale, anti-impérialiste, anti-extrême droite – il y a un dernier point essentiel, c’est celui de la créativité dans la résistance. L’art sous toutes ses formes est un atout essentiel aux discours et aux idées. Danse, chant, peinture, sculpture… Les conteur•se•s d’histoires ont tous•tes le même pouvoir, celui de créer de nouvelles façons de voir demain.
Salomé Saqué nous parle aussi du pouvoir du rire et de l’importance de savoir se reposer parfois dans nos luttes. Tout se joue à long terme même lorsque nous n’avons pas le temps – ce qui déclenchera la vague ne sera pas ce à quoi on s’attend et n’arrivera pas toujours au moment où on l’aurait voulu. Alors pour « résister », « soutenons-nous ».

Entre les deux éditions, il y a très peu de différences. On peut en revanche compter quelques parties supplémentaires dans la réédition, au sein desquelles il est fait mention des évolutions politiques et économiques de ces dernières années, de l’image populaire qu’arrive à créer l’extrême droite malgré les actions, les votes et les paroles qui ne peuvent cacher les réalités de leurs idées, et des informations supplémentaires afin de continuer à « Résister, aujourd’hui ». Je vous conseille bien sûr l’édition la plus actuelle. Quitte à y être, autant s’informer et apprendre depuis la source la plus récente. Dans les deux cas, ce sont de petits livres, rapide à lire et très peu coûteux.
Partez vraiment du principe que ces livres sont remplis de listes de faits en rapport avec l’extrême droite. C’est un véritable travail journalistique qui nous est livré, l’objectif étant clairement de nous permettre d’accéder au maximum d’informations – sourcées – sur le sujet, en un minimum de pages.

Cette fiche de lecture est peut-être un peu lourde et un peu longue, mais j’ai pensé qu’il était préférable de vous livrer les détails de ce que ce livre comporte car je le trouve important. Faire face au flot d’informations qu’il détient peut-être un peu déroutant. À la fin de l’écriture de ce texte, je suis quelque peu vidé – notamment lié au fait que j’ai lu la nouvelle édition en très peu de temps pour prendre connaissance des ajouts dans celle-ci, et ce, en pleines municipales de 2026… Tout pour le stress.
Ainsi, je tiens à vous rappeler que soutenir les idées qui nous parlent, peu importe la façon dont nous nous y employons, c’est éviter de laisser celles des autres détruire des vies. Mais soutenir les idées qui nous parlent, c’est aussi nous soutenir nous-même et prendre le temps de respirer après avoir appris, après avoir parlé. Alors n’hésitez jamais à danser.


*La rubrique qui suit est un agrégat de mes connaissances / lectures, passées sous le rouleau de mon opinion – donc attention – mon but est toujours d’apporter de l’information et du contexte supplémentaire – ici, je veux attirer votre attention sur les termes : élite, mobilité sociale et populisme.

Petit plus – un éditorial de Salomé Saqué : contre la confusion et l’ignorance, mobilisons le savoir et l’espoir – Dans le magazine Socialter