bell hooks

« Communion rend compte du combat pour connaître l’amour, et plus spécifiquement du rapport des femmes à l’amour. Analysant sa propre quête de l’amour véritable, bell hooks, intime et visionnaire, observe comment la vie des femmes a été chamboulée en profondeur par les avancées du mouvement féministe, sans qu’il soit certain que les libertés nouvellement acquises aient changé la nature de nos relations amoureuses. Les témoignages de sagesse des femmes au mitant de leur vie, découvrant que le secret de leur quête amoureuse est d’abord à trouver dans l’amour de soi, nous lancent à toutes – mères, filles, sœurs, amis et amantes de toutes les générations – le défi de redonner à l’amour la noble et juste place qui lui revient. »
- Info Auteure (01:06)
- Chapitre 1 – Aimer son âge, aimer avec l’âge (03:45)
- Chapitre 2 – La juste place de l’amour (04:56)
- Chapitre 3 – Chercher l’amour, trouver la liberté (08:08)
- Chapitre 4 – Travail et amour : trouver l’équilibre (11:16)
- Chapitre 5 – Plus de pouvoir, moins d’amour (14:26)
- Chapitre 6 – Quand les femmes n’ont pas l’art d’aimer (16:22)
- Chapitre 7 – Choisir l’amour, apprendre à aimer (18:34)
- Chapitre 8 – De fille à femme : apprendre à aimer son corps (21:04)
- Chapitre 9 – Sororité : amour et solidarité (23:42)
- Chapitre 10 – Notre droit à l’amour (27:24)
- Chapitre 11 – À la recherche des hommes aimants (30:21)
- Chapitre 12 – Trouver l’amour avec un homme (33:30)
- Chapitre 13 – Réservé aux femmes : l’amour lesbien (37:23)
- Chapitre 14 – Un amour durable : l’amitié amoureuse (41:04)
- Chapitre 15 – L’amour en héritage : d’une génération à l’autre (42:57)
- Chapitre 16 – La communion dans l’amour : une extase (46:16)
- Définitions et liens supplémentaires
J’ai beau me penser féministe, je n’avais jamais osé lire l’œuvre d’une auteure de ces mouvements. De peur, peut-être que ces lignes ne m’aident pas pour trouver de réponses, mais au contraire m’abîment encore un peu plus.
Cette idée, je suis sûr de la tenir des discours sexistes qui n’ont de cesse de raisonner et par lesquels j’ai été éduquée. Rabat-joie, hystérique, menteuse, chiante, idiote, casse-couille… Ces termes effacent nos mots, nos émotions, nos histoires, dès lors qu’on remet en question ce qui n’a visiblement pas à être questionné. Peut-être parce que ces questions semblent intervenir dans l’intime construction des gens, viennent détruire les convictions sur lesquelles ils bâtissent des vies entières…
Pourtant, ce livre m’a fait énormément de bien. J’ai pu y lire ce que mon cœur m’indiquait depuis des années. Des pensées que j’avais peur d’être trop et des nuances, qui lorsqu’elles sont posées par quelqu’un d’autre, semblent ne plus être des nœuds d’incompréhension.
Si se balader dans une vie, que l’on soit femme ou homme, c’est faire l’expérience des contradictions, lire ce livre, c’est comprendre les dissonances sociales qui nous empêchent d’aimer. Des dissonances qui nous catégorisent comme des sexes opposés plutôt que nous rassembler comme les êtres que nous sommes.
Auteure
Bell hooks, de son vrai nom – Gloria Jean Watkins – est une universitaire, intellectuelle, écrivaine, théoricienne et militante féministe et antiraciste américaine. Elle est issue d’une famille ouvrière, née dans le Kentucky en 1952 – une région rurale encore marquée, à la naissance de Gloria, par la ségrégation raciale. Ainsi comme beaucoup de femmes africaine-américaine de sa génération, son parcours de vie, scolaire puis professionnel ont été très marqués par les systèmes d’oppression, notamment ceux s’appuyant sur l’idée de race, de genre et de classe.
Gloria Watkins est une extraordinaire anomalie de ce système, auquel elle s’est intéressée pendant toute sa carrière. Sa naissance et sa condition ne la prédestinée pas à devenir la penseuse que l’on connaît aujourd’hui, pourtant, c’est bien sa vie et sa famille qui ont marqué son travail, ses réflexions et sûrement ses espoirs.
C’est au commencement de ses études en anglais qu’elle se rend compte de l’invisibilisation des femmes noires dans le contenu même de ses cours, c’est de cette réalité que née son premier essai « Ne suis-je pas une femme ? Femmes noires et féminisme », qu’elle écrit à l’âge de 19 ans, mais est publié 10 ans plus tard.
Après une licence et un master en anglais, elle obtient un doctorat en littérature et commence une carrière dans l’enseignement états-unien comme professeure d’études africaines et afro-américaines.
En plus d’être l’une des théoriciennes du black feminism on lui attribut aujourd’hui une quarantaine de livres.
Livre
« Communion : aimer en féministes » est le troisième livre de la « Love Trilogy » écrite par bell hooks. Les deux autres livres sont « À propos d’amour : nouvelles visions » et « Salvation : Black People and Love » qui n’a pas encore était traduit en français à ce jour. Si je me risque à une tentative de traduction de ce titre, je pense que ça se rapproche plus ou moins de – Délivrance : personne africaine-américaine et amour.
« Communion » paru en 2002 aux Etats-Unis fait état de ce que les vagues révolutionnaires féministes ont permis aux femmes d’acquérir, et ce que le patriarcat a réussi à maintenir ou a transformer pour perdurer. Pour ce faire, bell hooks nous entraîne sur le sujet de la recherche de l’amour, un sujet qui aux yeux du patriarcat est réservé aux femmes. Pour l’auteure, cependant, l’amour est le domaine de toustes et c’est par la réflexion à son sujet qu’il sera possible de tarir le pouvoir des systèmes d’oppressions. Elle pose les faits sans romantiser ce que sont les liens, elle n’exclut pas l’erreur des hommes, ni l’erreur des femmes, mais pose bien les bases – le problème, c’est le patriarcat. Elle est « au mitan de sa vie » au moment où elle écrit ce livre, remplie de ses histoires de femme, de son parcours universitaire, humain, et sentimentale.
Que demande-t-on aux femmes si ce n’est d’être aimé et de savoir aimer ? Par quel autre ressort une femme peut-elle se définir si ce n’est par l’amour des autres ? C’est ce que pose l’introduction – du stade de fillette à celui de femme mûre, la société ne semble pas vouloir donner aux femmes la possibilité de s’accomplir par un amour sain, par un amour-propre, par des amours choisis.
Chapitre 1 – Aimer son âge, aimer avec l’âge
Bell hooks commence par nous parler de l’âge des femmes. Il va s’en dire, nous le savons, la jeunesse éternelle est l’une des déraisons du patriarcat. Trop occupé à garder les femmes éternellement jeunes pour profiter de la candeur, de la soumission et des espoirs de celles-ci, souhaitant trouver grâce et protection dans les bras du patriarcat, ce dernier en oubli les femmes plus âgées. Pour leur part, il semble que la fatigue ressenti par le vécu de cette course dont elles ne semblent plus faire partie, laisse doucement place à la découverte de la paix qu’apporte l’abandon. Elles acceptent leurs corps, plus vivant dans le mouvement, plus beau dans leurs histoires et dans leurs vies, peu importe par quoi elles ont été marquées. Bell hooks nous parle de la douceur du « mitan de l’existence ». Lorsque les images de trentenaire qui doivent s’occuper de trouver un mari font place à la réalité d’une vie qui ne peut être rattrapée, les femmes que le patriarcat oubli peuvent enfin s’occuper de leurs histoires, de leurs échanges et de toutes nouvelles choses qui s’offrent à elles. De cet apaisement, l’auteure enjoint les femmes plus âgées à montrer la voie aux plus jeunes, encore perdu•es dans les contradictions qu’apporte la recherche de leur liberté face au système qui les affaiblit, en permanence combattantes, jamais en repos.
Chapitre 2 – La juste place de l’amour
C’est dans un passage autobiographique que bell hooks nous révèle tout ce qu’a été sa vision du lien aux hommes durant son enfance. Elle nous décrit le couple parental dirigé par son père autoritaire, ou sa mère se plie en quatre pour satisfaire tout le monde au détriment de ses envies. Puis elle nous parle du couple que formaient ses grands-parents, d’une ambiance plus sereine ou chacun•e vie. Pour l’auteure, aucun doute, si ceci était possible, c’est parce que l’autorité était en possession de sa grand-mère. Enfant, elle lit beaucoup et rêve d’amour. Elle grandit dans une famille qui voue toutes les filles au mariage et au rôle de mère, mais pour Gloria, si l’amour est un rêve, la soumission n’est pas acceptable. Alors aux yeux de la famille, elle devient la fillette qui cache le diable. C’est son acceptation à l’université de Stanford qui l’a pousse à asseoir son envie de liberté et d’autonomie face, notamment, à son père. Comme elle dit : « J’ai défié la volonté du père. Et je n’en suis pas morte. »
À son arrivée dans cette nouvelle vie d’étudiante, elle se retrouve en pleine ébullition des révoltes pacifistes contre la guerre au Viêt Nam, contre le racisme avec le Black Power, ainsi qu’une nouvelle vague féministe et une révolution dans le domaine de la sexualité grâce à la mise au point de la pilule contraceptive féminine. Comme beaucoup de personnes de sa génération, Gloria voulue trouver sa place parmi toutes ces nouvelles idées, majoritairement différentes, si ce n’est, opposées à tout ce avec quoi elle avait grandi. Pour elle, rien de plus grisant, pourtant sans le soutien de sa famille, qui ne la comprenait pas, cette nouvelle place fut difficile à trouver et engendra un fort sentiment de solitude.
Ce manque et les lectures d’enfance l’ont poussé, dans ces périodes, à chercher l’amour d’un homme. Elle le chercha comme force d’affronter, comme recharge pour mieux avancer. Mais sans nouvelles images Gloria et toutes les femmes issues de la même classe sociale étaient vouées à se débattre contre un système sans la possibilité de s’en détacher. Elle nous le dit : « je cherchais à mélanger les valeurs à l’ancienne que j’avais apprises à la maison […] avec l’esprit new age et (les) idées radicales sur la liberté et le libre-arbitre ». Un travail compliqué, surtout quand on sait que cette génération était l’une des premières à ouvrir ce chemin.
La dure réalité qu’a subi bell hooks, beaucoup de femmes l’on subi. Elle mentionne d’ailleurs que la santé des femmes dans ces périodes a été fortement impactée par la violence et la complexité de leur position à ce moment-là. Déchirées entre diktats qui leur apporteraient une forme d’amour du patriarcat et défiance d’elles-mêmes, par peur de retomber dans les schémas qui les enfermaient, ne pouvant compter que sur elles-mêmes, une peur nouvelle vie poindre le bout de son nez. Celle que leurs corps ne les trahissent, que les dépressions et la dépréciation d’elles-mêmes ne les emportent. Tout était à penser, l’horizon n’était pas encore visible et cette réalité était d’autant plus effrayante.
Si pour Gloria, le choix de trouver du soutien par l’amour d’un homme était une première solution, c’est avec le féminisme qu’elle a souhaité chercher sa nouvelle identité, celle d’une femme libre.
Et finalement, c’est par ce chemin de l’accomplissement personnel qu’elle va repenser l’amour et pas par l’amour qu’elle va trouver son accomplissement personnel. Le féminisme fut sa première solution pour trouver l’amour, l’amour d’elle-même.
Chapitre 3 – Chercher l’amour, trouver la liberté
Via l’université et les cours de « Women’s Studies », qui sont des cours de sciences sociales avec un regard sur le genre, Gloria écoutait les vies et les pensées féministes qui l’ont aidé à sortir du duel semblant opposé sa condition et ses aspirations. Elle y a découvert l’impact de la pensée patriarcale, tant sur les femmes que sur les hommes. Constructeur de masculinité et de féminité, le patriarcat donne des rôles, pousse des vies et conditionne les comportements.
Si la femme est vue comme celle qui doit prendre soin, à qui le « savoir-faire » de l’amour incombe, l’homme aussi n’a pas le droit à sa propre identité. Il est dépossédé du choix d’être et ne peut s’épanouir que par les codes que le patriarcat lui autorise à endosser. Bell hooks écrit : « Ceux qui opprimaient les femmes ne se contentaient pas d’obéir à leur libre volonté ; ils étaient à leur manière les agents d’un système qu’ils n’avaient pas échafaudé. »
La pensée féministe mène à l’idée que tous les rapports « conventionnels » entre les femmes et les hommes sont liés à des logiques patriarcales, dans cette veine la définition, les images et les récits autour de l’amour n’en sont pas exempte.
Tous les mouvements et les nouvelles pensées qui s’élevaient à la fin des années 60 et début des années 70 donnaient de l’espoir. La sensation que « les frontières de race, de genre et de classe étaient franchies. »
Les mouvements féministes souhaitaient rétablir un équilibre entre homme et femme. Dans le public comme dans le privé, jusque dans l’intime, vivre une égalité émotionnelle et sexuelle « centrée sur le partage et la réciprocité ».
Mais sur le terrain, la mise en pratique de la pensée féministe se confronta rapidement aux privilèges que la majorité des hommes ne voulaient pas perdre.
Si pour certains le partage des tâches à la maison n’a pas été un problème, le droit des femmes à disposer de leur corps fut moins acceptable pour le patriarcat. Bell hooks mentionne que bien des hommes étaient heureux de pouvoir profiter de la « libération sexuelle » des femmes, mais étaient bien moins enclin à accepter que les femmes puissent dire non au sexe.
C’est le corps des femmes qui se confronta donc rapidement à l’emprise du système, notamment « aux barrières que la pensée patriarcale avaient érigées dans la tête des hommes », comme le dit l’auteure.
En réaction non pas aux hommes, mais à la logique patriarcale – la pensée féministe, à commencer à repenser l’existence des femmes comme ne tournant pas autour des hommes. Les exemples d’épanouissements de femmes qui avaient tourné le dos au genre masculin ou ceux de femmes lesbiennes, ont aidé au développement de ces nouveaux récits. Pour celles qui ont tenté, par la pensée féministe, de créer de nouvelles formes de relations avec les hommes, elles se sont souvent confrontées à des jeux de pouvoirs continuels.
Il fallait choisir l’amour et non plus tomber amoureuse. Comme dit bell hooks « Choisir était synonyme de pouvoir, d’action et de volonté ».
Il eut des changements initiés par cette vague bien sûr, mais comme le mentionne l’auteure – peu d’homme ont finalement tenté de faire pleinement le travail que poussait à faire la pensée féministe afin de créer des espaces d’égalité.
À la fin des années 70 – les femmes avançaient sur le chemin de leur liberté, mais cherchaient encore comment inclure le sujet de l’amour. Bell hooks nous dit : « Il nous fallait trouver un moyen de redéfinir notre conception de la libération des femmes en y incluant notre droit d’aimer et d’être aimées. »
Chapitre 4 – Travail et amour : trouver l’équilibre
En 1980, la pensée féministe avait pris assez d’essors pour que beaucoup d’hommes se pensent favorable à ce que les femmes travaillent en dehors du foyer. Pour autant, bell hooks mentionne que plus les femmes accédaient à cette indépendance, plus le mouvement féministe perdait son souffle.
Contrairement aux hommes, les femmes se retrouvaient à vivre deux journées en une seule. Une fois le travail fini, elles rentraient à la maison et s’occupaient du foyer, de leurs enfants et de leur homme, le tout en essayant de changer les façons d’être et de penser au sein du foyer. Une situation épuisante que le féminisme n’avait pas vu venir, car comme le dit bell hooks : « le féminisme (avait échoué à proposer) des méthodes de conversion concrètement applicable à la sphère familiale. »
Seules les femmes qui gagnaient un bon salaire avaient la possibilité de ne pas subir cette « seconde journée » puisqu’elles pouvaient payer du personnel pour ceci. Pour autant, elles ne pouvaient pas prétendre à une égalité parfaite. L’augmentation des dépenses du foyer pour lesquelles elles devaient investir leur salaire ou la culpabilité à quitter le foyer que certaines ont pu ressentir, n’ont pas aidé à emmener ses femmes à se réaliser pleinement dans ces nouvelles configurations.
Au-delà de cet épuisement, beaucoup de femmes se sont rendu compte que le fait de travailler ne les empêchées pas de s’investir émotionnellement dans leur couple ou pour leur famille. Travail et amour, elles excellaient dans les deux domaines. Les femmes hétérosexuelles ont alors commencer à comprendre que les hommes, de leur côté, étaient juste complètement bloqués émotionnellement. De plus, ces nouveaux schémas de vie ont même soulagé les hommes, puisque de leur côté, ils ont vu diminuer leurs contraintes financières et leurs responsabilités auprès du foyer. Le système capitaliste, avec l’appui du patriarcat a même réussi à tirer son épingle du jeu. Les femmes pourtant moins bien payées que les hommes étaient plus enclines à dépenser le peu qu’elles gagnaient pour le foyer. L’indépendance souhaitée semblait s’éloigner, les systèmes se reposaient toujours plus sur les femmes.
Seules celles célibataires réussir à ne pas se noyer, pendant que celles avec une famille ou un conjoint estimaient que le féminisme n’avait été que « poudre aux yeux », et leur avait rendu la vie plus difficile.
Pourtant, « la société » s’est accordée sur la « réussite » du féminisme – travail, études, libération sexuelle, droit de choisir de devenir mère ou non… La femme avait certes gagné en puissance, mais avec ceci avait perdu le droit à l’amour. Seul ce sujet resté inchangé. En parler revenait à admettre la défaite du féminisme. Plus les femmes gagnées sur tous les autres fronts, plus le sujet de l’amour s’effaçait des discussion, laissant ainsi les femmes hétérosexuelles sans solution, toujours plus seules à porter le poids des émotions dans leurs relations. Bell hooks nous dit : « Notre profond désir d’amour n’a pas vraiment été abordé, de peur que le seul fait de le formuler ne nuise à l’image d’une féminité puissante, accomplie et féministe. Sans une vision solide et inspirée de l’amour mutuel, notre culture ressassera encore et encore de vieilles histoires. Le déni ne pourra jamais construire une base d’émancipation durable. »
Car là où l’amour s’efface, les logiques de domination et d’oppression prennent en force. L’amour appel à l’empathie et non au déni de l’autre.
Chapitre 5 – Plus de pouvoir, moins d’amour
Coupé du sujet de l’amour par l’incapacité des hommes et du patriarcat à le considérer, ce dernier est aussi sorti des préoccupation féministes. À la place, le féminisme a encouragé les femmes à devenir l’égale des hommes sur le plan professionnel et économique, pensant qu’ainsi les forces s’équilibreraient.
Bien sûr, le capitalisme s’en est parfaitement accommodé, d’autant plus qu’avec la logique patriarcale, le marché a pu admettre des personnes qualifiées, les femmes, à moindre coût. L’écart salarial entre les genres, dans ces périodes, était conséquent.
Bell hooks nous mentionne, qu’à l’époque les situations liées à cette différence des revenus été d’autant plus compliquées à vivre pour les femmes qui souhaitaient quitter leur conjoint. Pour certaines le partage égale des dépenses les ont empêchées de mettre assez d’argent de côté pour partir, notamment pour trouver un nouveau logement. D’autres encore découvraient, après des années de travail au foyer qu’il ne leur était simplement pas possible de s’émanciper dans un monde où l’argent est maître. Beaucoup d’hommes se sont même servi de leurs privilèges matériels comme d’une arme contre les femmes qui voulaient les quitter.
Dégoûtées par cette réalité, beaucoup de femmes ont ressenti une grande amertume, ce qui a fini d’enterrer le sujet de l’amour dans les sphères féministes.
Argent, pouvoir, sexualité – pour bell hooks la révolution féministe s’est essoufflée à cause de la fébrilité des hommes à abandonner certains privilèges du patriarcat, à admettre que ce dernier avait « bridé leur développement émotionnel et spirituel » et à accueillir les pratiques féministes qui aurait pu être à l’origine d’une « totale refonte culturelle ». De plus, s’ils n’étaient pas prêts à risquer leur vie pour soutenir les femmes comme ils l’avaient fait pour « combattre l’exploitation et les oppressions de race ou de classe », selon les mots de l’auteure, alors les hommes n’était pas mûr émotionnellement pour aimer les femmes.
Le féminisme, ne pouvait admettre qu’avec beaucoup de douleur, que sa réussite dépendait de sa capacité à convertir les hommes aux réflexions et aux pratiques féministes.
Chapitre 6 – Quand les femmes n’ont pas l’art d’aimer
Dans un passage explicatif de ce que sont les genres pour le patriarcat, bell hooks nous explique que l’image de la femme, en tout cas sa construction, correspond au rôle d’une mère douce et aimante, nourricière et fragile. On voue les femmes à la sphère privée et les hommes à la sphère publique. Leur accordant, pour leur part, une certaine dureté et un esprit compétitif qui leur octroie le rôle de décideur, de pourvoyeur au sein des foyers.
Même si la société conditionne les genres, en enseignant dès l’enfance, quels sont les rôles autorisés pour chacun•e, bell hooks nous montre bien que les femmes n’ont pas plus de capacités innées pour l’amour que les hommes. Elle prend alors pour exemple les mères violentes et autoritaires afin d’appuyer cette pensée.
Si le système, dès le départ, a rendu les femmes économiquement dépendantes des hommes, ces derniers étaient émotionnellement dépendant des femmes dans ce schéma. Pour certains hommes misogynes, cette situation inacceptable les poussa à construire un récit qui présente l’aspect émotionnel d’une personne comme une forme d’impuissance, d’infériorité. Le concept de l’amour étant rattaché à l’émotionnel, il ne fut pas plus valorisé et fut même abandonné par les hommes. Comme il était possible, en revanche, de réactiver les jeux de pouvoir et de domination à travers le sexe, la satisfaction sexuelle devint plus importante que la capacité à aimer.
Bell hooks rappelle que « l’amour est un mélange de prévenance, d’engagement, de connaissance, de responsabilité, de respect et de confiance ».
Élevées à prendre soin des autres, les compétences que demande l’amour sont peut-être plus simples à acquérir pour les femmes, mais ne sont cependant pas innées. D’ailleurs, bien des femmes échouent à donner et à recevoir de l’amour, car la culture patriarcale dans laquelle nous grandissons toustes ne soutient pas cette connaissance. Pour bell hooks, nous sommes d’ailleurs nombreuses à confondre « savoir aimer » avec « être aimé ».
En matière d’apprentissage à l’amour, nous ne pouvons pas avancer tant que le patriarcat considère le « savoir d’aimer » comme une faiblesse, comme un acte irresponsable.
L’auteure nous dit « Tant que notre culture ne valorisera pas l’amour, les femmes ne seront pas plus capables d’aimer que les hommes. […] L’apprentissage de l’amour représente la plus grande menace pour le statu quo patriarcal. »
Chapitre 7 – Choisir l’amour, apprendre à aimer
Dans ce chapitre, l’auteure nous parle d’abord de l’arrogance des femmes lorsqu’on les lance sur le sujet de l’amour. Assuraient par le patriarcat qu’elles savent y faire, elles ne remettent pas en question cette idée. Surtout, parce que c’est la seule chose que ce système leur accorde.
Pour bell hooks, il en allait de même. Elle nous explique que jusqu’à ses 40 ans, elle ne s’était jamais demandée si elle savait aimer ou non. Partant du principe que les problématiques émotionnelles dans ses relations provenaient toujours des partenaires qu’elle fréquentait – eux en retrait émotionnel, elle dans un engagement inquestionnable.
Mais, nous dit-elle : « Quand nous nous prenons à croire que nous sommes plus aptes que les hommes, en tant que femmes, à donner de l’amour, nous adhérons à des hypothèses patriarcales ». Pour bell hooks, il est difficile de croire que les femmes aient réussi à percer les secrets pour savoir aimer, tandis qu’elles ont été élevées par des mères aussi dépendantes des hommes que ce qu’on été les générations de femmes avant les années 60, le tout en vivant dans un système qui ne valorise pas cette connaissance.
Si l’image de la masculinité, dans le sillage du patriarcat, dépend de la capacité des hommes à se soustraire de leurs émotions, pour les femmes leur féminité dépend de l’état inverse. Si on adhère à une des parties de cette idée, on adhère forcément à l’autre. Ainsi ne pas questionner les femmes au sujet de leur capacité à l’émotion et à savoir aimer, revient à renforcer le pouvoir du patriarcat.
Tant que les femmes ne remettent pas en question leur capacité à savoir aimer, car elles le confondent avec la capacité à être aimé, il sera impossible d’envisager ce que seront les relations entre les hommes et les femmes dans un monde ou règne l’égalité des sexes. Cette conclusion que tire bell hooks, s’appuie aussi sur le travail de la psychothérapeute américaine Harriette Lerner.
On comprend clairement que développer notre capacité à être aimé nous pousse à nous effacer au dépens de celles•eux dont on souhaite le regard. Au contraire, la capacité à aimer, nous explique-t-on, nous pousse à atteindre une maturité émotionnelle – entre envie d’aimer l’autre et de s’aimer soi, ne pas être dépendant•e mais apporter, s’apporter et laisser l’autre apporter l’équilibre « de prévenance, d’engagement, de connaissance, de responsabilité, de respect et de confiance » qui correspond à l’amour.
Et pour apprendre cette complexe connaissance, bell hooks nous propose d’abord d’apprendre à nous aimer nous-même pour deux raisons : nous sommes notre « meilleur terrain pour (nous entraîner) » et nous ne nous quitterons jamais. Une belle façon de rompre avec le patriarcat.
Chapitre 8 – De fille à femme : apprendre à aimer son corps
Les femmes ont beaucoup de facilité à détester leurs propres corps, pour autant, cela ne les empêche pas de croire qu’elles peuvent savoir aimer – un paradoxe que bell hooks porte à nos yeux. Les jeunes filles reproduisent sur elles-mêmes le regard que leurs mères ont de leur propre corps ou que leurs pères ont du corps de leur conjoint•e. Les enfants reproduisent et apprennent des comportements de leurs parents.
Elle nous parle par exemple de l’obsession pour la minceur chez les femmes, très présente dans les années où bell hooks écrit et publie ce livre. Entre souhaits des femmes, dès l’enfance, à être aimé et image des corps dans les médias, beaucoup de femmes ont recherché la minceur comme solution pour accéder à l’amour, au respect et à la prospérité. Comme le dit l’auteure : « La haine de soi dans toute sa splendeur. »
Quand le féminisme commença à parler du sujet des corps et de leur acceptation, les propos furent détournés par le système patriarcal. D’un discours d’acceptation des différents corps et donc de toutes les beautés, dans le but de préserver la santé des femmes – psychologique et physique, les médias ont traduit la pensée féministe comme s’opposant « à ce que les femmes soient belles. »
Pour autant, le féminisme permis de mettre en lumière les problématiques de trouble alimentaire et les dangers des chirurgies esthétique, conséquences direct de cette haine du corps féminin.
Malgré les discours, les mises en garde et l’ouverture du sujet au publique, les problèmes autour de la perception du corps féminin n’ont pas disparu. Bell hooks nous parle de l’incapacité à se sortir soi-même de cette haine et de ce culte d’un physique parfait en tant que femme, prenant pour exemple des femmes féministes qui pouvaient proclamer qu’il fallait aimer son corps, mais dans les actes, rester quand même très attachées, malgré elles, à une esthétique précise.
Pour expliquer cette difficulté des femmes à accepter leur propre corps, elle nous dit : « En l’absence de système de valeur fondé sur l’amour, les femmes sont incitées à faire de l’apparence leur premier facteur d’estime personnelle. »
Car pour elle, l’amour nous donne la possibilité de célébrer les corps en bonne santé et de remettre l’esthétique, les normes de beauté et les artifices à leur juste place, c’est-à-dire ne définissant pas notre valeur personnelle.
À ses yeux, il est important que les femmes renouent un lien sein à leur corps, là où le patriarcat nous a forcé à la dissociation par une haine de soit jusque dans notre fonctionnement biologique naturel.
Les femmes sont à la recherche de partenaires qui les aimeront comme elles sont, qui leur donneront de l’estime et du soutien, qui accueilleront leurs corps avec bienveillance, alors même qu’elles se refusent cela. Un auto-sabotage selon bell hooks.
Chapitre 9 – Sororité : amour et solidarité
Les rapports entre femmes commencent dans les relations entre mères et filles. Des relations que le patriarcat sait pousser à une amère complexité. Mélange de mauvaise estime de soi, de vies bloquées, de jalousies, d’une jeunesse valorisée par un système qui pousse les femmes à la compétition ou encore, de la remise en question des capacités d’une femme à être une bonne mère par la critique du comportement de sa fille.
Si le patriarcat est porteur de ces comportements réducteurs, la société qui s’en imprègne, répète inlassablement que ces formes de relations entre mère et fille sont « normales ».
Cette fausse rationalité du patriarcat est pourtant mise à mal dès lors que les filles sont aimées et élevées par des mères féministes, aux idées progressistes. Ces dernières, avancées sur le chemin qui mène à l’estime de soi, peuvent célébrer leurs filles au sein d’une famille attentive à leur épanouissement.
Bell hooks note que ce sont ces filles aimées, respectées, dont la force, la liberté et l’audace sont cultivées, qui développent « une force impressionnante, une puissance qui […] envoûte ». Pour elle, pas de doute, ce sont ces filles élevées dans le respect d’elles-mêmes qui mettront le patriarcat à genoux, par le simple fait de leur existence.
Le vice des systèmes d’oppression, c’est leur capacité à faire adhérer les victimes aux logiques qui les entraves. Les victimes qui adhèrent deviennent souvent elles-mêmes des sbires de ce système. Ainsi bell hooks nous mentionne que de nombreuses femmes féministes pouvaient présenter des raisonnements liés à une forme de compétition et de jalousie face à d’autres femmes.
Elle ne manque alors pas de nous rappeler la différence qui existe entre paroles et actes. Ce point essentiel est porté à notre attention dans le but de nous rappeler qu’il est difficile de voir jusqu’où le patriarcat nous impacte. À quel point la théorie peut sembler simple à côté du travail qu’il faut entreprendre pour se libérer.
Les groupes de conscientisation féministes de l’époque permettaient d’abord aux femmes d’échanger entre elles pour déceler et mettre en lumière leurs dynamiques intériorisées et individuelles, induites par le patriarcat, dans le but de réfléchir à des solutions.
Par exemple – pourquoi jalousons-nous le talent des autres femmes au lieu de le célébrer ? Et comment faire pour être capable de le reconnaître au lieu de l’envier ?
Bell hooks nous explique que le patriarcat appui sur un point stratégique qui nous divise. Il nous fait croire que nous sommes remplaçables les unes par les autres, que chaque femme peut être effacée par une autre femme.
Pour palier à ces problématiques de rivalités, conséquences directes de notre peur à être effacée ou remplacée, bell hooks nous dit que « Les femmes doivent se réapproprier le pouvoir de dire non à tout ce qui les déprécie. »
Elle nous mentionne alors les « Six clés de la confiance en soi » par Nathaniel Branden, psychothérapeute et écrivain américain : « vivre en pleine conscience, s’accepter, prendre ses responsabilités, s’affirmer, se fixer des objectifs de vie, et cultiver son intégrité ».
Si l’acceptation de soi est le « pilier avec lequel les femmes ont le plus de mal », d’après Nathaniel Branden, « s’accepter signifie (surtout) : refuser d’être en guerre contre soi-même ».
Les femmes les plus en accord avec elles-mêmes, sont celles qui mettent le plus à mal la « norme » compétitive qu’impose la pensée patriarcale, car accepter ses propres qualités revient à accepter celles des autres femmes et non plus à les voir comme une menace. Le système craignant ce renversement, ne semble pas vouloir laisser tranquille les femmes à l’amour-propre solide.
S’entourer d’autres femmes devient alors indispensable. Pour bell hooks, c’est ici que la sororité fait sens. C’est par ses liens que les femmes se laisseront alors la place de s’élever, de se célébrer, de s’épanouir et pourront se laisser toucher par l’épanouissement des autres femmes au lieu de les jalouser.
Chapitre 10 – Notre droit à l’amour
Quand un système d’oppression se délite sous le grondement des oppressé•es, il ne meurt pas, il fait sa mue. Lorsque les femmes ont pu choisir de faire progresser leurs carrières, le patriarcat les a punie, non pas en les empêchant d’emprunter cette voie, mais en leur interdisant l’amour. Les couples, dont l’homme ne s’était pas sorti des schémas sexistes, ont souvent fini par rompre dès lors que la femme réussissait sur le plan intellectuel et professionnel.
Cette réalité, beaucoup de femmes la vécurent. Pour certaines, elle les rattrapa avec tellement de brutalité, qu’elles firent une croix sur l’amour. Beaucoup de femmes aux carrières brillantes virent leur vie amoureuse et sentimentale complètement étouffée. Certaines se paraient même de cette réalité comme d’une armure, le personnage de la garce était né.
Cette image, qui accepte les femmes comme de brillante carriéristes, ne veut pas leur octroyer l’émotion, l’amour, la douceur d’être. Au cinéma, le personnage de la garce, de la professionnelle sans cœur, devint un incontournable des années 90.
L’amour étant essentiel à la condition humaine, cette triste image, poussa beaucoup de femmes à l’isolement. Pour certaines, même, à défaut donc de changer le système, elles y adhérèrent et changèrent juste de position au sein de celui-ci. Elles devinrent des hommes aux yeux des hommes et aux yeux d’autres femmes.
Bell hooks nous dit : « Aujourd’hui comme à l’époque, j’aspire à vivre dans un monde qui permette à chaque femme de faire des choix en faveur de son épanouissement spirituel et intellectuel sans que nous ayons pour cela à opposer une résistance qui ne fait qu’aggraver notre isolement et notre sentiment d’insécurité. […] Je rappelle souvent à mes ami•es et à mes proches que tous les régimes terroristes du monde utilisent l’isolement pour briser le moral des gens.»
Comme si le patriarcat souhaitait briser les femmes qui veulent trouver leur voix hors de lui, réduire en poussière tout ce qui interroge ses normes.
Ce système terrifiant, qui entraîne, chez beaucoup de femmes, une peur de ne jamais trouver l’amour, force parfois chez elles la retenue de leurs accomplissements. Elles s’assurent de ne pas être une menace pour les hommes avant même de savoir si cette peur ne les menace pas elles-mêmes. Or, l’amour est une sensation qui émane d’abord de soi. En témoigne toutes les femmes qui même sans être en couple, son en paix d’avoir écouté l’envie qu’elles avaient de suivre leur chemin. Pour ces femmes, une relation avec un homme est d’autant plus agréable qu’elle n’est pas essentielle à leur estime propre. Poser « les bases d’un amour de soi » est nécessaire au véritable accomplissement et pour bell hooks, c’est aussi ce rayonnement qui attire « l’amour à nous ».
L’amour de soi est nécessaire autant que l’amour des autres, si l’un manque, l’autre est déstabilisé. Entre amour de soi, amour des autres et accomplissement intellectuel, tout n’arrive pas toujours en même temps ou dans l’ordre dans lequel nous le souhaitons.
Encore une fois, pour ce problème, bell hooks a déjà réfléchie : « C’est ce désordre qui fait aussi le charme magique et mystérieux de nos existences. […] (cependant) Pour mener une vie équilibrée, aucun groupe de femmes ne devrait avoir le sentiment qu’il leur faut nier l’importance de l’amour. »
Chapitre 11 – À la recherche des hommes aimants
« Chercher l’amour et se mettre en quête d’un homme sont deux choses bien distinctes. » Voici ce que nous dit l’auteure pour commencer ce chapitre.
Si le féminisme a pu mettre en lumière la misogynie des hommes, c’est-à-dire des hommes pleinement intégrés au système patriarcal et détestant les femmes, le féminisme à aussi mis en lumière la haine des femmes vis à vis des hommes. En effet, nombre de femmes, étant en couple, n’avaient de cesse de haïr leur propre conjoint auprès d’autres femmes, sans pour autant tenter de changer les dynamiques relationnelles qui existaient.
Bell hooks admet bien sûr, qu’il y a facilité à sentir une haine monter en soi lorsqu’on entend certains récits. Viole, agression, humiliation… La liste des horreurs est longue. Comme elle le dit : « Les histoires de ce genre (sont) légion. » C’était les hommes à l’origine de ses récits que le féminisme voulait voir éteins.
Pour sa part, bell hooks mentionne que sans les différentes représentations du genre masculin que comptait sa famille, elle serait « probablement devenue misandre. » En effet, dans les descriptions qu’elle donne, son frère « doux, tendre, malicieux » avec beaucoup d’humour ou son grand-père qu’elle décrit comme antimatérialiste à l’amour inconditionnel, semblent dénotés avec l’image de l’homme patriarcal. Elle se dit « reconnaissante de la chance (qu’elle a eu) de grandir avec une pluralité d’images masculines. »
Car il est vrai que si les hommes peuvent parfois jouer le rôle de fléau, ils peuvent aussi être source de joie dès lors qu’ils travaillent à être eux, au-delà de l’image que leur impose le patriarcat.
Cette partie du livre est particulièrement intéressante, car elle retrace aussi toute la complexité qui s’immisce chez les femmes opprimées par le patriarcat. De celles, dont la pensée sexiste les pousse à faire reposer leur identité sur les hommes, à celles qui se soulèvent contre les violences faites aux femmes, mais gardent une vision patriarcale de ce que sont leurs places au côté d’un homme, on se rend bien compte que les femmes aussi doivent déconstruire leur vision des genres.
Pour ces femmes qui se réfugient dans le patriarcat, il y a toujours un prix à payer.
En effet, même dans les relations où les hommes ne sont pas violents, le sexisme conduit tout de même les genres à l’affrontement. Selon Elizabeth Wurtzel, écrivaine et journaliste américaine, dont bell hooks reprend les mots « Tant que les hommes recevront continuellement des messages les incitant à fuir l’engagement, alors qu’on apprend aux femmes à le rechercher à tout prix, il y aura un conflit perpétuel […]. » Montrant bien qu’à travers ce système, l’échange entre homme et femme est impossible et fini toujours par révéler un fossé d’incompatibilité.
Des hommes qui ne peuvent avoir le droit de ressentir leurs émotions que lorsqu’ils enfreignent le système, aux femmes qui espèrent des hommes qu’ils soient « plus doux et plus gentils », on pourrait croire que tout à chacun serait favorable au féminisme. Pourtant sans la reconnaissance de l’existence du patriarcat comme constructeur des genres et source des désaccords entre eux, hommes et femmes sont voués à jouer inlassablement les mêmes scènes.
Les hommes n’auront jamais l’opportunité d’être pleinement eux-mêmes et les femmes de croire que les hommes sont capables de sincérité.
Ce chapitre fait état des clichés sexistes que les femmes et les hommes s’imposent, à eux même et à l’autre, et nous montre que travailler à les déconstruire est le meilleur moyen, si ce n’est le seul, pour se trouver soi peu importe notre genre et trouver des hommes capables d’aimer.
Chapitre 12 – Trouver l’amour avec un homme
Pendant toute la période des mouvements pacifistes contre la guerre au Viêt Nam, les luttes féministes ont été un véritable soutien pour les hommes et jeunes hommes ne souhaitant pas faire la guerre. Elles leur ont notamment permis de critiquer la masculinité du système patriarcal, qui les poussait à prendre les armes. C’est le féminisme qui « a autorisé (ses hommes) à clamer haut et fort leur amour pour la vie ». Trente ans plus tard, au moment où bell hooks écrit ces lignes, dans une riposte réactionnaire, la mémoire se perd. Comme elle le mentionne, les films de guerre « faisant l’apologie du crime » sont partout. On minimise et on efface la réalité des vies, des morts, de la douleur des actes, des choix politiques et idéologiques qui ont mené à ses horreurs.
Pour autant, le féminisme de ces périodes, à ouvert la voie à une nouvelle catégorie d’homme – des hommes féministes.
Bell hooks nous mentionne que « les premiers convertis ont été les hommes épris de femmes féministes ». Même si ces hommes n’étaient pas toujours sûrs de savoir à quoi devait ressembler leur nouvelle masculinité, ils étaient tout de même acquis à la cause, et soutenaient l’engagement des femmes qui partageaient leur vie.
Si la base du féminisme repose sur la colère des femmes à l’égard des hommes, car « les femmes en ont au assez d’être traitées comme des objets sexuels par les hommes qu’elles fréquentaient, amis ou amants », le féminisme a surtout invité les hommes a conscientiser leurs émotions, à les écouter, « à se laisser aimer et être aimé. »
Mis à part quelques hommes qui, à défaut de renverser les logiques sexistes, ont simplement échangé leur rôle dans leur relation, une nouvelle génération d’hommes élevés dans le courant de pensée féministe vie le jour.
Ces hommes, élevés avec une autre vision que leurs ainés, ayant grandi avec des mères aviatrices ou docteures, non pas eu à se déconstruire pour admettre l’égalité des genres.
Si beaucoup d’hommes restent cependant attachés à leurs privilèges, bell hooks mentionne que ce fut un véritable enrichissement de voir certains d’entre eux aussi libre des idées du patriarcat que n’importe quelle femme féministe. Elle mentionne que les hommes les plus capables de consentir à la pensée féministe, ou enclins à se détacher du patriarcat furent les hommes gays et bisexuels. Plus haut dans le livre, elle n’oublie pas de nous rappeler que sans la communauté gay, le féminisme n’aurait pas pu être ce qu’il est devenu. Ce sont ces hommes, qui ont en premier accepté de « céder du pouvoir » et ont accepté « l’égalité sexuelle ».
Pour les hommes hétérosexuels, certains changèrent pour faire plaisir à leur compagne, mais pas par conviction. Les comportements issus des logiques sexistes réapparaissaient alors au moindre conflit.
De leur côté, les femmes vivant des relations avec des hommes déconstruit ont rarement eu envie de revenir en arrière. Pour l’auteure, ceci explique la raison pour laquelle les hommes convaincus par le patriarcat ne reconnaissent pas les hommes antisexistes comme leurs pairs.
Bell hooks nous dit : « les hommes qui ont appris des leur enfance à prendre de la hauteur, à se connecter à leurs émotions et à les exprimer ont des relations plus satisfaisantes que les hommes repliés sur eux-mêmes. » Ces nouveaux hommes, comme elle les nomme, n’ont pas peur d’être affaibli par l’amour. Ils sont capables de donner leur avis, d’échanger, ne cherchent pas à dominer, auprès d’eux la menace d’une agression n’existe pas. Pour bell hooks leur « compagnie est semblable à celle d’une amie ».
Si leur existence est une aubaine, les hommes antisexistes peuvent aussi intimider les femmes. Lorsque en tant que femme dans une société patriarcale, nous sommes habituées à céder sans cesse la place aux hommes que nous fréquentons, l’homme antisexiste nous pousse à réapprendre tout ce que nous pensions savoir sur nos places et nos comportements. Pour bell hooks, cette réalité est peut-être plus vrai encore dans les relations sexuelles. Car découvrir son corps dans une sexualité ou nos sensations comptent, pour la première fois, peu être difficile à appréhender. L’auteure nous explique que pour les femmes habituées aux rapports sexistes, ces nouveaux hommes peuvent révéler un sexisme intériorisé chez elles.
Le féminisme ne signifie pas que les femmes doivent devenir le sexe fort. En effet, renverser la table, n’empêche pas de jouer au même jeu. Les hommes antisexistes ont leur place au côté des femmes qu’ils soutiennent, une place d’égal à égal. Bell hooks insiste sur un point important : ces nouveaux hommes et les relations qu’ils créaient « ont une sagesse salvatrice à nous offrir ». Pour elle trouver l’amour dans les « bras du patriarcat » n’est pas possible.
Chapitre 13 – Réservé aux femmes : l’amour lesbien
Parce que l’amour n’a pas de genre et pas de sexe, bell hooks nous amène à nous pencher sur l’amour entre femmes, en commençant avec cette phrase : « Les lesbiennes d’aujourd’hui sont nées lesbiennes et le sont aussi devenues ».
Les femmes ayant rencontré pour amants des amantes mentionnent souvent avoir trouvé auprès de celles-ci un « niveau d’intimité qu’elles n’avaient jamais connu avec les hommes ». Même si l’hétérosexualité est attractive, bien des femmes se sont senties déçues sur le plan émotionnel auprès des hommes.
Les groupes d’échanges des mouvements féministes ont permis aux femmes hétérosexuelles d’écouter la vie des femmes lesbiennes. Ainsi beaucoup ont commencer à visualiser leur rapport au même sexe sous un nouveau jour.
Bell hooks nous explique que la société patriarcale semble avoir peur des liens de solidarité qui existent entre les femmes. Ayant grandi dans une famille composée de 6 sœurs, et 1 frère, bell hooks compris très tôt que cette composition semblait effrayer les personnes extérieures, au point que ces dernières exprimaient de la compassion pour son père et son frère. L’église aussi a déroulé une image peu reluisante des femmes comme étant des « suppôts du diable ». Pourtant, elle connaissait bien la réalité « des foyers qui accordent à la féminité une place centrale », soit des foyer ou règne souvent l’entraide, le partage et la joie.
Dans la même veine, au début des mouvements féministes, beaucoup de jeunes femmes avaient peur de venir participer aux réunions féministes par crainte de « devenir » lesbienne par association. Bell hooks mentionne d’ailleurs qu’elles avaient finalement raison puisque « à mesure qu’on déconstruit la mentalité sexiste, qu’on se détourne de l’hétérosexisme, nous devenons plus susceptibles d’envisager les autres femmes comme des partenaires potentielles ». Une remarque qui m’a, personnellement, faite sourire et qui m’a amené à me demander si la société patriarcale n’avait pas simplement peur des gens heureux.
À travers les yeux de la journaliste Lindsy Van Gelder, bell hooks nous expose la beauté que peuvent revêtir les relations des femmes lesbiennes. Les échanges, l’acceptation, le soutien entre des personnes qui appartiennent « au genre le plus stéréotypé ». Fidèle à la réalité, elle n’omet pas que ces relations peuvent cependant, conduire à tout autant de conflits que les relations hétérosexuelles.
Grandissant toustes dans la même société, boostée par les idées d’une « suprématie masculine », nous sommes éduqués à travers les mêmes prismes, dans l’idée de relations aux dynamiques dominant•e / dominé•e. Ainsi les logiques issues du patriarcat peuvent vivre jusque dans les relations que construisent les femmes lesbiennes.
Dans son enfance bell hooks, entendit quelques commérages au sujet de femmes mariées à des hommes qui fréquentaient secrètement d’autres femmes. Sa mère, nous dit-elle, « parlait de ces femmes comme de fascinante créature ». Elle grandir donc avec l’idée qu’elle pouvait choisir son•sa partenaire peu importe le genre et ce fut, pour elle, libérateur. Finis l’angoisse de devoir se reposer uniquement sur les hommes pour vivre l’amour comme elle le souhaitait.
Pour bell hooks, si les relations amoureuses et charnelles que vivent les femmes entre elles peuvent fonctionner, ce n’est pas parce qu’elles sont des femmes, mais bien parce qu’ensemble, elles travaillent à ce que la relation fonctionne.
Les femmes hétérosexuelles, souvent curieuses de découvrir ce que peuvent être ses aventures, peuvent tout à fait briser le cœur d’autres femmes, surtout si elles ne prennent pas conscience du désir qu’elles éprouvent dans leur quête d’amour.
Bien entendu l’idée d’une aventure n’est pas un problème, si l’on sait ce que l’on cherche à ressentir. Bell hooks estime même que les femmes et les jeunes femmes, qui souhaitent explorer cette possibilité, sont l’un des visages de la libération, car elles le font au-delà de l’hétérosexisme et de l’homophobie.
Pour les femmes lesbiennes, se trouver à travers les problématiques familiales, le patriarcat et l’ambiance homophobe est une lutte exigeante et intense. L’amour de soi et la recherche de l’autre sont tout autant difficiles, si ce n’est plus.
Ainsi, les femmes, de tout bord, qui souhaitent trouver l’amour ont tout intérêt à ne pas se mentir afin de briser « l’isolement dont les humains ont le secret ».
Chapitre 14 – Un amour durable : l’amitié amoureuse
À travers son travail et ses engagements, bell hooks rencontre beaucoup de femmes, de tout âge. Les récits qu’elle entend montrent que le mariage a enfermé beaucoup de personnes, dans des relations sans sentiments amoureux. Ainsi les femmes ou les hommes enfermé•es dans ces schémas, se retrouvent enchaîné•es à une solitude qu’iels n’ont pas choisi.
Le patriarcat, trop occupé à se concentrer sur la normalisation de ses relations dénuées de considération amoureuse, oubli de fait les relations d’amitié dans lesquelles les femmes peuvent trouver de véritables liens d’amour. Bell hooks nous parle « d’amitié amoureuse » pour décrire ses relations entre femmes, ou avec des hommes, dans lesquelles nous nous engageons durablement et profondément sans attendre et chercher une sexualité. Nous honorons ces liens car ils nous importent. Comme dit bell hooks : « Fidèles à l’esprit de l’amitié amoureuse, certaines femmes choisissent de former des unions à vie […] ».
Ces amitiés peuvent parfois s’arrêter lorsque l’une des parties trouve un•e partenaire. Mais cela arrive surtout lorsque ce lien ne s’est pas bâti sur la pensée féministe. Ces liens ne sont pas respectés par le patriarcat comme le sont les relations hétérosexuelles. Ainsi créer et maintenir une amitié amoureuse nécessitent une véritable volonté de la part des femmes ou des hommes qui la vivent. Autour d’elles et d’eux, les gens peuvent tenter d’interpréter cette relation comme ouverte à la possibilité d’une sexualité, toujours parce que la « norme » ne ressemble pas à ces relations.
Pour bell hooks, il est important de ne pas penser que ces relations sont un substitut aux « vraies » relations. Elles sont tout aussi importantes que les autres et peuvent parfois être suffisantes pendant une période, à partir d’un âge ou d’un moment de la vie. Les amitiés amoureuses sont des relations stables, qui nous apaisent. La sécurité qu’elles nous apportent, nous permet de faire des erreurs, d’évoluer et d’avoir une « autre connaissance de nous-même ». La tendresse et l’affection que nous donnons à ces liens sont la preuve d’un engagement sain qui nous permet, même si nous ne trouvons pas de partenaire satisfaisant, de « faire l’expérience d’un amour infini ».
Chapitre 15 – L’amour en héritage : d’une génération à l’autre
Les femmes qui ont fait le choix d’aimer durant leur vie, ont dû apprendre par elles même. Elles sont porteuses d’une sagesse que la « culture du désamour », autrement dit la pensée patriarcale, ne valorise pas.
Les femmes sont poussées à une jeunesse éternelle, que ce soit en apparence comme en raison. L’esprit candide et innocent que l’on attend des femmes, même lorsque cet état est joué de leur part, et non-réel, permet aux hommes sexistes de « se sentir fort et puissant, pour garder le contrôle ». La maturité émotionnelle des femmes et leur stabilité ne sont, ainsi, pas désirable aux yeux du patriarcat.
Cette maturité, cette conscience s’acquière pourtant au fil des erreurs, des douleurs et des expériences plus joyeuses parcourant la quête de l’amour, qu’ont choisi de faire ces femmes.
Au moment où bell hooks publie se livre, elle a 50 ans. À travers ces lignes, elle nous donne les points clés sur lesquels les femmes doivent prendre le temps de la réflexion. Ainsi que les actions qui nous permettront de trouver ce chemin de l’amour avec, peut-être moins de difficultés que nos aînées.
Réunir toutes les conditions favorables à une bonne estime de soit est le message principal qu’il faudra retenir. Pour l’auteure, c’est l’action la plus féministe que nous pouvons entreprendre. L’amour relationnel est aussi une partie du travail. Mais pour ce type d’amour, l’autre, avec qui nous partageons la relation, a aussi son travail à entreprendre.
Pour ce faire, il faut accepter de prendre le temps nécessaire à ces taches. Dans un système qui ne perçoit pas l’intérêt d’un tel travail, qui le rabaisse même à quelque chose de futile, il est vital de lui trouver une place.
Prendre ce temps, c’est nous écouter entre nous et nous-même. C’est prendre le temps de ressentir et accepter que ces sentiments doivent être nos guides, au lieu des idées préconçues et éloignées de nos réalités, que nous nous poussons, pour beaucoup, à incarner.
Ce travail est d’autant plus précieux pour les femmes et toutes les personnes sexisées, qu’il évite de faire de nous des victimes d’abus et de violences.
Une autre clé du travail vise à créer et consolider nos « cercles d’amour ». Ces personnes, qui touchent nos vies, nous font rire, avec qui nous partageons nos larmes et nos expériences. Membres de nos familles, amitiés profondes ou autres relations. Ce cercle peut compter un•e partenaire, mais iel n’est pas l’essence même de cette communauté. Cet espace qui existe grâce à ceux•elles qui le composent, nous donnent la liberté d’être heureuse en étant en couple, dans le célibat ou dans l’abstinence.
La sexualité est un autre point important. Entre abstinence volontaire pour se libérer et s’aimer au-delà d’une sexualité qui peut nuire aux femmes, ou fantasmes de domination, qui rendent plus acceptable la sensation de ne pas pouvoir changer le système, les femmes sont souvent coupées de leur corps. Bell hooks mentionne qu’il est vital d’entretenir une relation saine à son « corps, à la sensualité et à la sexualité ». C’est le meilleur moyen de réussir à comprendre et à définir ses envies et ses limites afin de profiter de ce que peuvent offrir les relations « qui s’appuient sur un désir consenti et mutuel ». Habiter pleinement sa tête et son corps est essentiel.
Pour finir, c’est aussi par l’âme, la spiritualité que bell hooks nous enjoint à nous regarder et à regarder ce qui nous entoure. Nous voir parmi le vivant, connecté à lui. Car il est indéniable, qu’au-delà des sociétés patriarcales, nous faisons partie d’un tout, et qu’il y eut un temps ou cette réalité était célébrée au lieu d’être effacée. Selon ce que dit bell hooks, cette même connexion d’âme existe entre les femmes.
Cette connexion nous permet d’en apprendre davantage sur nous-même et nous permet de grandir. Ici, elle fait référence à la force intergénérationnelle portée par une sororité.
Chapitre 16 – La communion dans l’amour : une extase
Au fil des pages, bell hooks nous parle souvent du « mitan de la vie » des femmes. Une période connue comme quelque chose que l’on craint et pourtant…
Elle nous livre dans ce dernier chapitre une image apaisante de la cinquantaine, une renaissance dans tous les domaines, même dans la vie intime et sexuelle.
Chaque femme qui arrive à ce stade décide de le vivre différemment, mais semble-t-il, toujours avec l’envie de vivre une bonne fois pour toutes. Que ce soit dans la tranquillité de l’abstinence pour s’aimer davantage, dans la redécouverte d’un corps qui en a fini de son rituel cyclique ou dans la réalisation de nouveaux liens humains qui peuvent donner les plus belles amitiés. Les femmes qui arrivent au « mitan de la vie » se connaissent mieux, ressentent mieux et lorsqu’elles ont pris le chemin de la pensée féministe, semblent réussir à allier corps, cœur et tête mieux que personne, dans un environnement qui ne leur a pas facilité la tâche. La vie change, mais elle ne s’arrête pas.
Pour bell hooks la communion dans l’amour, c’est d’abord l’amour de soi. C’est même le principe du véritable amour. Pour elle, notre rapport à nous-même est la base sur laquelle repose notre rapport aux autres.
Les relations saines ne se construisent pas sur le mystère. D’ailleurs, les hommes du patriarcat qui refusent de « baisser la garde » ne peuvent ainsi pas accéder à ses relations et empêchent les femmes et les autres hommes d’y accéder à leur tour.
Le chemin du cœur ne peut pas non plus s’emprunter seul•e, ou avec une seule autre personne. L’amour est tout, mais il repose sur toutes les personnes qui composent notre « cercle d’amour ».
Aimer pleinement, c’est être conscient•e, c’est être en vie et célébrer chaque jour ce qui nous tien vivant•e.
Aimer, c’est la confiance en soi et en ses valeurs, c’est le fait de ne plus se bloquer par le prisme d’une pensée qui nous empêche. Il est très dur de marché sur un chemin dont on a décidé ni le sol, ni la destination. Tout y est désagréable. La sensation sous nos pieds et l’endroit où il nous mène. Alors à nous de faire un pas de côté, de poser le pied dans l’herbe pour quitter ce parcours que le patriarcat nous impose, et partir ailleurs, là où nos choix nous portent. Loin des endroits où les systèmes d’oppression prédestinent nos corps, nos cœurs et nos têtes. Peu importe de quel genre, de quelle race ou de quelle classe on nous affuble.
J’arrive à la fin de cette fiche de lecture. Si j’ai voulu qu’elle soit aussi complète, c’est pour deux raisons.
La première, le travail de bell hooks est très complet, tous ces travaux le sont et il est important de ne pas y couper, de livrer correctement ce que renferme ses textes. Bell hooks nous fait suivre un chemin de pensées et le chemin est tout aussi important que le message final, ou du moins permet d’en comprendre l’ampleur. Ainsi, je ne pouvais pas emprunter de raccourcis pour cette fiche.
La deuxième raison est plus personnelle. Ce livre m’a beaucoup apporté. Un nouveau regard sur le monde serte, mais surtout sur moi et je voulais livrer aux femmes que j’aime la possibilité de se munir de ce regard libérateur et protecteur.
Je conseille vraiment la lecture de ce livre. Malgré sa longueur, ma fiche de lecture ne peut rendre 100% accessible l’ensemble du travail et la réflexion de bell hooks ici. De façon générale, les fiches de lectures n’ont pas pour but de remplacer les livres et ne le peuvent pas. Votre regard et votre vécu sur la connaissance que renferment les ouvrages vous sont propre et vous permettent d’être touchés d’une façon que je ne peux reproduire.
Le livre est aussi très abordable, c’est un peu la signature de l’auteure. Bell hooks est connue pour avoir toujours rendu ces textes très accessibles pour le maximum de monde. Le travail de traduction fait par la maison d’édition respect d’ailleurs ce choix. Donc allez-y les yeux fermés, même si ce type d’ouvrage ne fait pas partie de vos habitudes de lecture.
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Black feminism : ou afroféminisme en français, s’attache à soutenir les luttes féministes tout en donnant de l’espace et de la considérations aux revendications des femmes noires, d’origines africaine ou antillaise. Leurs positions étant à l’intersection des systèmes d’oppression sexiste et raciste.
Article de l’université d’Angers.
Féminisme : « un ensemble de mouvements et d’idées philosophiques qui partagent un but commun : définir, promouvoir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes. […] Mouvements pluriels et en constante évolution, ce n’est pas un mais bien des féminismes que l’on doit envisager aujourd’hui. »
L’association Oxfam parle de vagues féministes, notamment 4. Attention cet article ne s’axe que sur l’occident et le mentionne. Il y a des féminismes à travers le monde et dans bien des cultures, dont l’apparition, l’évolution et les revendications dépendent du lieu, de la population, de son fonctionnement et de ce à quoi elle fait face.
Définition de l’article de Oxfam – « Le féminisme à travers ses mouvements et combats dans l’histoire »
Patriarcat :
Def Larousse – Forme d’organisation sociale dans laquelle l’homme exerce le pouvoir dans le domaine politique, économique, religieux, ou détient le rôle dominant au sein de la famille, par rapport à la femme.
Point de vue / wikipédia – Le patriarcat est un système social dans lequel les hommes occupent des positions de pouvoir, tant dans la sphère publique que privée.
Dans les grandes lignes, ce système place les hommes au-dessus des femmes, mais le patriarcat ne s’appuie pas que sur une logique sexiste. L’idée du père, du patriarche est centrale. Le patriarche est simplement celui qui sait, celui qui fonde, lui octroyant une nouvelle forme de force. Une force qui émane de sa pensée, de son expérience, de son savoir de patriarche en plus de sa masculinité. On peut alors voir la figure du « maître », du « père de famille », de « l’homme âgé », de « l’homme expérimenté » comme les différents visages que peut revêtir le patriarche. Toute autre personne ne pouvant être apparenté à ces figures se retrouvent infantilisés – femme ou personne s’apparentant au genre féminin, jeune homme, enfants… Ce système de hiérarchisation permet d’appliquer une forme d’autorité selon des critères de genre, d’âge et de niveau d’expérience.
Black Power : est un mouvement social né aux États-Unis. Ce courant initié par les populations africaines-américaines du pays, cherchent à créer un espace d’autonomie et d’autodétermination pour les personnes noires et leurs cultures. « Ils insistaient pour que les Africains-Américains aient le pouvoir sur leurs propres écoles, entreprises, services communautaires et administrations locales. Ils s’attachaient à lutter contre des siècles d’humiliation en faisant preuve de respect de soi et de fierté raciale, tout en célébrant les réalisations culturelles des personnes noires à travers le monde. »
Article du National Museum of African American History & Culture (en angl)
Misogynie : la haine des femmes, quelqu’un de misogyne peut en avoir après toutes les femmes ou après une femme en particulier. Le sexisme de son côté s’apparente à une attitude discriminatoire / disqualifiante envers le sexe opposé – le sexisme s’appuie sur l’idée de supériorité d’un sexe ou un genre par rapport à l’autre.
Informations de l’article de radiofrance – « Qu’elle est la différence entre la misogynie et le sexisme »
L’hétérosexisme – « Ensemble des attitudes, préjugés et discriminations en faveur de l’hétérosexualité, qui est alors établi comme seul modèle relationnel. L’hétérosexisme prétend qu’il est plus normal, moral ou acceptable d’être hétérosexuel·le que d’être gay, lesbienne ou bisexuel·le. »
Information du site SOShomophobie.
Personne sexisée – « personne qui appartient, de manière réelle ou supposée, à un groupe faisant l’objet d’une catégorisation de sexe et de genre et d’une hiérarchisation sociale qui pénalisent les personnes qui ne sont pas perçues comme des hommes cisgenres. Les personnes sexisées sont régulièrement confrontées au sexisme. »
Définition trouvée sur la page de campagne 2024 contre l’homophobie de la ville de Genève.
Lien sup –
Informations au sujet de bell hooks – Fondation pour la mémoire de l’esclavage.

