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À l’arrache après la lecture « Communion : aimer en féministes » par bell hooks

Des demi-êtres et des oppressions

Le livre parsème de-ci, de-là une théorie pour abolir le patriarcat. L’amour comme massue antisexiste. Bell hooks décrit l’amour comme : « un mélange de prévenance, d’engagement, de connaissance, de responsabilité, de respect et de confiance ».

L’amour, cette émotion de raison.
On oppose souvent l’émotionnel à la logique, l’un étant plus sensé que l’autre, plus capable de permettre la prise de décision…
Sauf qu’opposer la logique à l’émotion, c’est comme opposer le vélo à ses roues… c’est très con. L’un a besoin de l’autre pour avancer. Chaque prise de décision fait appel à de l’émotionnel et à de la « logique », à de la « raison ». Ils sont ensemble utiles à la perception, à la création, à la conception, à la socialisation des êtres ou encore au passage à l’action. Tenter de se couper de ses émotions n’est pas possible, sauf cas exceptionnels, des cas souvent considérés comme pathologiques.
Faire comme si ses émotions n’existaient pas, c’est s’assurer de ne pas savoir les écouter, c’est littéralement s’empêcher de percevoir le monde avec tous les outils dont dispose notre corps. Vous viendrait-il à l’idée de tenter de renifler un parfum avec vos oreilles, sous prétexte que vous voulez vous couper de votre nez ? Non, sûrement pas.
Se couper de ses émotions, c’est alors peut-être la meilleure façon d’être déraisonnable. La meilleure façon de ne pas être totalement soi, de ne pas être maître de nous-mêmes, des demi-êtres finalement.

L’amour prend bien des formes et des intensités. Si, en langue française, nous avons un même mot pour décrire bien des choses, nous avons en revanche bien des sensations pour remplir ce seul terme. L’amour est l’allié de la vie, l’allié du vivant. L’amour préserve et nous pousse au juste. La définition que bell hooks nous donne laisse aussi entrevoir l’amour, et donc l’émotion, comme un outil puissant qui aiderait à protéger, au-delà du sexisme, au-delà du patriarcat, toutes les personnes prises dans les systèmes d’oppression, dans des systèmes mortifères.
La raison, qui se construit de l’émotion, de l’amour, de l’empathie, permet de faire émerger de solides valeurs en nous-mêmes. Inutile aujourd’hui de jouer le jeu des discours raisonnablement émotifs quand on n’est pas toujours doué•e d’une émotionnelle raison.

Sur le fil de la guerre

Chapitre 12 : « Trouver l’amour avec un homme ».
Dans ce chapitre, bell hooks aborde le sujet de la guerre et des hommes états-uniens dans les années 60 – 70, ainsi que le mouvement féministe de ces périodes.
« Je suis arrivée sur les bancs de l’université pendant les années de guerre. Les garçons que je connaissais et appréciais étaient bien partis pour devenir des « hommes nouveaux ». Ils ne voulaient tuer personne. Et il va sans dire qu’ils avaient encore moins envie de mourir. Le mouvement féministe est la meilleure chose qui soit arrivée à ces garçons car il leur a donné les moyens de critiquer la masculinité telle que la concevait le système patriarcal. Contrairement aux hommes qui les ont précédés et qui avaient refusé de rejoindre les rangs de l’armée, ils n’ont pas eu à vivre le restant de leurs jours tiraillés par la culpabilité de ne pas vouloir faire la guerre. Ils n’ont pas eu à feindre la témérité. Nul besoin de prétendre aimer la violence. En tant qu’ « hommes nouveaux », ils étaient en passe de devenir des amoureux de la vie. Le féminisme leur a fourni un bagage théorique pour justifier leur résistance aux conceptions sexistes de la masculinité. Il les a autorisés à clamer haut et fort leur amour pour la vie. »

Ce passage du livre m’a particulièrement marqué et je l’ai rapidement lié à ce que nous vivons actuellement – entre riposte – non surveillé par l’État – des sphères misogynes suite à la 4e vague de féminisme – post me too, fascisation des espaces politique et médiatique, racisme décomplexé, guerres et colonisation, militarisation massive des pays ou encore création de sorte de stage de service militaire pour la jeunesse, il va de soi que nous sommes en train de vivre une bascule.


La guerre est connue pour être une alliée du capitalisme. Vente d’armes, réquisition de denrées et de territoires, nouveaux échanges économiques mondiaux, changement des réglementations sans possibilité d’opposition globale des populations… Les guerres amènent bien des changements. Des changements dont le capitalisme se repaît. Guerres qui boost le capitalisme ou capitalisme qui boost les guerres ?
Peu importe, les 2 semblent danser la même gigue.

Pour faire ses guerres, il faut des gens, des travailleurs de cette industrie que l’on nomme soldats. Le problème des conflits armés, c’est qu’ils laissent dans leur sillage la réalité des horreurs, la véracité des histoires, des pertes et des esprits torturés de s’être vu infligé ou d’avoir infligé le pire… Ce qui freine quelque peu le recrutement des « travailleurs de guerre ».
Alors comment appeler des humains à s’embarquer dans quelque chose dans lequel ils ne s’embarqueraient pas naturellement ?
Pour recruter, le système de guerre et sûrement le système capitaliste, semblent faire appel à quelques schémas de croyance. On créer des images, qu’il est possible de mobiliser auprès de la population, afin de faire adhérer les gens aux places qu’on souhaite leur faire prendre. Ces images se construisent souvent avec d’anciens clichés.

En ce moment, le nationalisme ( « notre » territoire), le racisme (création de l’image d’un ennemi – idéologique et physique), ou encore la masculinité sexiste (un homme protège et est capable de la violence que nécessite la défense, autrement dit : la guerre) semblent refaire surface. Je ne saurais dire si ce sont les seules idées et images employées ces derniers temps derrière les changements que nous vivons, mais il est certain que toutes ces idées sont, par nécessité, devenue plus bruyantes aujourd’hui, là où, il y a peu, elles semblaient cacher davantage.
Nous voici alors dans un enrôlement forcé de la population et surtout de certains hommes par le biais de systèmes de croyances fallacieuses, oppressives et qui cachent souvent d’autres objectifs… plus privés, plus capitalistes et/ou plus coloniaux.

Si j’ai parlé de l’utilisation du nationalisme et du racisme pour créer, en partie, une bulle idéologique qui mène les hommes à la guerre, je vais m’arrêter ici sur l’idée de la masculinité sexiste vendue par le patriarcat (rapport au livre par lequel ce fil de pensées se créait bien sûr). En revanche, il est toujours important d’essayer de regarder chaque chose comme faisant partie d’un tout. Chaque idée, chaque temporalité, chaque mouvement pouvant entraîner plusieurs éboulements pas toujours maîtrisés, mais tentant d’aller dans une direction ou une autre.
Pour plus d’information sur les autres sujets –
Liste de lectures sur le sujet : antiracisme et décolonisation
Liste de lectures sur le sujet : politique et engagements


J’en arrive au point central de ce déroulé. Je souhaite que tous les hommes prennent conscience de ceci :
Si vous ne questionnez pas la violence que l’on vous pousse à investir, sous le prétexte de votre « nature masculine », vous n’êtes alors que le bras armé de croyances qui ne mènent pas à ce qu’elles vous vendent. Ayez conscience que le rôle de « protecteur » qu’on vous demande de porter, est un rôle de violence.

Si vous voulez vraiment protéger, il faut prendre le temps de vous trouver en passant d’abord par le questionnement de votre masculinité. Personne ne vous veut du mal. Le féminisme rêve seulement que vous vous trouviez hors des schémas vendus par l’idée de famille et de genre construit par le patriarcat. Prendre soin de vous, c’est aussi prendre soin des autres, arrêtez de vous désengager sous le prétexte de votre masculinité. Ce désengagement émotionnel ne vous permet pas de vivre libre puisqu’il vous coupe d’une partie de votre capacité à percevoir le monde (rapport au texte précédent).

De plus ce désengagement dont vous vous parez vous lâchera au moindre acte violent.
Habiter un corps vide d’avoir tué d’autres personnes, c’est être mort et avoir l’horreur de le ressentir. Bien des vétérans vous le diront. Je connais des hommes, pères de mes ami•es, qui n’oublieront jamais les visages qu’ils ont fait tomber après s’être enrôlé. Il n’y a d’ailleurs, pas besoin de regarder les archives de la Première ou la Seconde Guerre mondiale pour espérer entendre l’avis des personnes qui ont vu ou connu ce que sont les guerres, car il n’y a pas non plus besoin qu’elles soient affublées de ce terme pour en être.

Détruisez et recomposez ce que doit être votre masculinité. Accepter qu’elle puisse ressembler, comme le dit bell hooks, à la liberté d’une femme féministe, anti-sexiste. Protégez-vous pour nous protéger, au lieu de vous enrôler en pensant vous trouver.
Nous sommes tous•tes des personnes, pas des rapports de genres possédants des prédispositions liés à nos entre-jambe… Ou alors nous sommes bien peu.

Prenez soin de vous.

PS : Je vous le concède, il y a une différence entre s’enrôler dans les forces militaires / les forces de l’ordre pour y pratiquer sa violence ou vouloir y travailler pour aider les populations. Hors la limite entre les deux cas, dans ce domaine, est si fine, qu’il est certain que bien des actions pensées comme vertueuses portent souvent le visage d’interventions violentes.

claire.

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